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LA TENDANCE BAISSIERE DES TAUX D’INTERET ET LE PROBLEME DE SURLIQUIDITE AU MAROC « PERIODE 1997-2005 »


     


Par TAYEB Achraf Amine « doctorant en sciences économique, Cedoc : Groupe de recherche « économie Appliquée » - Université Mohammed v Agdal-Rabat-



LA TENDANCE BAISSIERE DES TAUX D’INTERET ET LE PROBLEME DE SURLIQUIDITE  AU MAROC « PERIODE 1997-2005 »
 
Dans le but de créer un climat convenable et un champ propice à la libéralisation financière, que les autorités monétaires se sont trouvées dans l’obligation de remplacer le système du contrôle direct, caractéristique ultime d’une économie d’endettement, par un système qui tente d’orienter de plus en plus vers la régulation des liquidités de l’économie par les taux d’intérêt respectant par la philosophie de l’économie du marché. Ce taux doit jouer le rôle moteur et non d’accompagnement dans la maîtrise de l’évolution de la masse monétaire. Quant au champ d’action, il reste le marché.
 
Le contexte de l’économie marocaine pendant la période (1997-2005) s’est caractérisé par un excès de liquidité bancaire. Cette situation s’est répercutée sur le fonctionnement du marché monétaire et sur la politique monétaire conduite par Bank-Al-Maghrib. Laquelle reflète un déséquilibre persistant sur le marché du crédit.
 
La surliquidité bancaire découlait principalement de l’accroissement des avoirs extérieurs nets de Bank Al-Maghrib suite notamment à la cession de 35% du capital de Maroc Télécom  et aux importants afflux des recettes des voyages et des transferts des Marocains Résidant à l’Etranger. Aujourd’hui, avec l’encaissement des recettes de la cession de 80% de la Régie des Tabacs en juillet 2003, la question de surliquidité bancaire reste toujours d’actualité.
 
A ce niveau, quels sont les effets des surliquidités sur le niveau des taux d’intérêt ? Et quel est l’impact de la baisse des taux d’intérêt sur l’économie réelle?
 
1 Les conséquences  de la surliquidité sur le niveau des taux d’intérêt :
 
L'abondance des liquidités bancaires a influé sur le niveau des taux d’intérêt interbancaire. Par ce biais, elle a affecté, mais à des degrés divers, l’ensemble de la grille des taux d’intérêt.
 
Ainsi, le taux d’intérêt interbancaire moyen pondéré a fléchi de 244 points de base entre 2000 et 2002 pour se situer à 2,99 % en 2002. Tandis qu’en 2005, ce taux s’est établi en moyenne à 2.78 % marquant ainsi une hausse de 39 points de base par rapport à l’année précédente 2004 (2.39 %)
 
Tableau 4 : L’évolution des taux  du marché interbancaire entre 1997 et 2005
(Taux annuel en %)
  1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005
TMI 6.71 6.3 5.64 5.41 4.44 2.99 3.2 2.3 2.78
 
Source : Rapports Annuels de Bank Al Maghrib
Dans ces conditions, l’orientation quoiqu’à la baisse du niveau général des taux d’intérêt a été moins nette par rapport aux années précédentes.
 
ü Les taux des bons du Trésor par adjudication ont connu une baisse continue entre  2001 et 2002, allant de 359 points de base pour les bons à 52 semaines à 95 points de base pour les bons à 10 ans. Cependant en 2005, ce taux des bons à 52 semaines a marqué une hausse de 23 points de basse.
ü Pour les taux moyens pondérés (TMP) de la rémunération des dépôts bancaires à 6 mois et à 1 an ont reculé de 119 points de base entre 2001 et 2005. Alors que durant la période 2004 – 2005, ces taux ont diminué respectivement de 10 et 31 points de base s’établissant à 3.29 % et 3.48 %.
ü S’agissant de l’évolution des taux débiteurs, le coût moyen pondéré du crédit bancaire s’est inscrit, d’année à l’autre, en recul de 25 points de base et celui des concours des sociétés de financement de 70 points de base, revenant ainsi respectivement à 7.58 % et à 11.4%.

De ce fait, les mesures prises par Bank-Al-Maghrib en 2002 ont permis de réduire les excédents de liquidités bancaires et de relever les taux du marché monétaire au cours des quatre premiers mois de 2003. Cependant, un renversement de tendance sur ce marché a été observé à partir de mai 2003 et s’est accentué en juillet 2003, en lien avec l’augmentation des avoirs extérieurs nets en devises de Bank Al-Maghrib (13 mois d’importations de marchandises hors admissions temporaires sans paiement à fin septembre 2003).

Cette situation s’est traduite par une nouvelle diminution du taux interbancaire pour se situer autour de 2,8% en août et septembre 2003, au dessous du taux directeur planché de Bank Al-Maghrib. Le marché monétaire est ainsi redevenu «hors banque» 29. Les taux de bons du Trésor par adjudication ont poursuivi leur baisse et les crédits octroyés par les banques ont progressé.

La tendance baissière de l’ensemble des taux d’intérêt n’a pas eu l’effet escompté sur le financement de l’économie. Durant la période 2000-2005, les crédits bancaires à l’économie n’ont augmenté que de 3,9% par an, soit à un rythme d’accroissement nettement plus faible que celui des dépôts de la clientèle. Cette situation résulte particulièrement de la baisse des crédits de trésorerie et des crédits à l’équipement.

Ces constats montrent que la surliquidité bancaire a été accentuée par l’attitude prudente des agents économiques, ainsi qu’en témoignent la constitution des encaisses dites oisives et la réticence des banques à réduire suffisamment les taux d’intérêt débiteurs.

 2 - Les effets de la baisse des taux d’intérêt sur l’économie réelle :

Le but de ce paragraphe est d’analyser l’impact d’une variation à la baisse du taux d’intérêt sur l’économie réelle.
En se basant sur les résultats d’une étude publiée par la Direction des Etudes et des Prévision Financière (DEPF) en 2003, on distingue les effets suivants :

Ä Effet sur la croissance, l’emploi et les prix :

Selon l’étude signalée ci-dessus, on peut avancer qu’une baisse du taux d’intérêt d’un point au Maroc soutiendrait la croissance de 0.2 point pour la première et la deuxième année et de 0.1 point la troisième année. Le taux de chômage baisserait de 0.1 point au bout d’un an et de 0.2 point au bout de 2 ans.
Par ailleurs, l’effet sur le niveau des prix serait nul et le rythme de progression de ces derniers à partir de la deuxième année serait très faible (0.1 % en moyenne par an) qui tient principalement au fait que le rythme d’accroissement de la demande intérieure serait insuffisant pour engendrer des tensions sur le système productif.

Ä L’effet sur la consommation, l’épargne, le revenu disponible des ménages et l’investissement :

L’impact au niveau des différentes composantes de la demande intérieure serait marqué par une augmentation de la consommation des ménages de 0.3 % au bout d’un an, 0.4 % au bout de 2 ans et de 0.2 % au bout de 3 ans. L’amélioration de la consommation des ménages serait soutenue par un accroissement du revenu disponible des ménages de 0.1 % la première année, ainsi que par la réduction de l’effort de l’épargne de 0.1 % et 0.2 % respectivement. Concernant l’investissement, il connaîtrait une hausse de 0.2 % au bout d’un an, de 0.3 % au bout de 2 ans et de 0.3 % au bout de trois ans.
Certes, le sens et le degré de la variabilité des différentes variables macroéconomiques à la variation négative des taux d’intérêt doivent être interprétés avec beaucoup de prudence.
En effet, le processus de libéralisation financière au Maroc est relativement récent, ce qui peut expliquer la fragilité de la relation entre la sphère financière et celle réelle.  

3 La gestion de la surliquidité :

Pour réguler le volume de liquidité bancaire et le niveau du taux d’intérêt interbancaire, Bank Al-Maghrib a utilisé plusieurs instruments.

ü Elle a procédé à des opérations d’open-market (cession en 2001 de 2,3 milliards de dirhams de son portefeuille en bons du Trésor) ;

ü Et les reprises de liquidités sont devenues le principal mode d’intervention de Bank Al-Maghrib sur le marché monétaire (l’encours quotidien moyen a atteint 2,4 milliards de dirhams en 2002). Leur taux, devenu de fait le taux directeur planché, a été ramené à 3% en septembre 2001 contre plus de 4% en début de l’année, puis à 2,5% en mai 2002. Par ailleurs, Bank Al-Maghrib a abaissé à plusieurs reprises ses taux directeurs entre mars 2001 et décembre 2002, soit au total une baisse de 225 points de base pour les avances à 5 jours et de 175 points de base pour les avances à 7 jours.

A côté de ces instruments de régulation relativement souples et ponctuels, Bank Al-Maghrib a dû utiliser un procédé de contrôle direct de la monnaie, en l’occurrence la réserve monétaire.

En effet, elle a décidé le 26 décembre 2002 de relever le coefficient de la réserve monétaire de 10% à 14%, entraînant un gel durable auprès d’elle de 6 milliards de dirhams. Cet effet restrictif sur les trésoreries bancaires a permis de remettre le marché "en banque". Les banques ont dès lors eu recours, après une longue période d’abstention (21 mois), aux avances de Bank Al-Maghrib en janvier 2003.


Face au retour de surliquidité en 2003, Bank Al-Maghrib, tout en cessant d’accorder des avances aux banques dès la mi-juillet, a opéré au début de septembre un nouveau relèvement du taux de la réserve monétaire de 14% à 16,5%. Cette opération a permis le gel de 4,5 milliards de dirhams d’excédent de liquidités. Mais, vu la persistance de la situation de surliquidité, elle a annoncé son intention de procéder, à compter du 22 septembre, à des opérations de reprise de liquidités au taux de 3,25%.

Enfin, elle a autorisé le recours à des opérations de swaps de change. Ce mécanisme, instauré pour la première fois en 1996, permet aux banques d’échanger avec Bank Al-Maghrib des dirhams contre des devises et/ou inversement et ce pour une durée limitée. Les opérations de swaps de change  effectuées les 22 et 23 octobre 2003 ont permis des ponctions de liquidité, pour respectivement 850 millions de dirhams sur une durée de 2 mois et 200 millions de dirhams sur un mois.

Globalement, la situation de surliquidité semble devenir structurelle. A cet égard, l’instauration d’une réelle concurrence entre les établissements de crédit, la réduction des créances en souffrance, notamment par une évaluation précise des risques et l’accélération de la réforme de l’appareil judiciaire, et la relance de l’investissement tant public que privé seraient de nature à permettre une  meilleure régulation de la liquidité bancaire.
 

1-On dit que le marché est hors banque lorsque le taux interbancaire devient inférieur au taux directeur planché de Bank-Al-Maghrib. Celle-ci ne peut alors agir sur la liquidité bancaire à travers les avances aux banques.

الخميس 11 ديسمبر 2014


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