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LA PROSPECTIVE ECONOMIQUE MAROCAINE - TOURISME


     

Abdelhadi BOUSSAS
Chercheur indépendant en Prospective Economique Marocaine
Président de la commission scientifique de l'OMPP (Observatoire Marocaine des Politiques Publiques)



LA PROSPECTIVE ECONOMIQUE MAROCAINE - TOURISME
Le Maroc s’astreint de soutenir, s’il se veut un pays émergent, de niveaux élevés de croissance sur une longe période de temps. Qui peut être le moteur de croissance ? Faisons une première lecture exploratoire des principaux secteurs piliers de l'économie marocaine.

Tourisme : Quoi que soient les critiques formulées pour le rendement et les stratégies du secteur, affirmons d’abord une vérité, le tourisme est un secteur économique primordial dont l'impact n'est absolument pas négligeable dans la croissance économique du Maroc. Prouvons brièvement cela avant d’énumérer les constats faits sur le secteur.

En 2013, Les recettes touristiques du Maroc étaient de 9,5 milliards de dollars pour un PIB de 103,9148([1]) milliards de dollars américains, cela représente déjà 9,14% du PIB([2]). En 2008, l'Espagne([3]) a tiré des recettes touristiques à valeurs de $ 61,6 milliards([4]), cela représentait exactement 3,8% du PIB espagnol et, comparativement, au Maroc les recettes touristiques représentaient $ 7.1 milliards([5]), soit 8,2% du PIB national (PIB $ 86.3 milliards([6])). Autrement dit, Les recettes qu'a réalisé alors le Maroc du tourisme représentait déjà 20%([7]) des exportations totales de biens et services du pays, contre seulement 14%([8]) en Espagne.

On en déduit tout simplement que le Maroc est déjà très dépendant du tourisme plus que les grand pays touristiques (l’Espagne est le 2ème pays le plus touristique du monde, sans pour autant avoir une forte croissance économique). La dépendance du Maroc à ce secteur a constamment accru :

recettes touristiques étaient de 7,1 milliards $ en 2008, 9,5 milliards $ en 2013, en 2014 le Maroc est devenu le premier pôle touristique dans la région maghrébine([9]).

En bref, Le tourisme est le deuxième contributeur au PIB national, le deuxième créateur d’emplois, un contributeur important à la balance des paiements et est en plein évolution au Maroc([10]), secteur qui s’est achevée sur une note positive avec 10,3 millions de touristes soit une progression de +2,4% par rapport à 2013.

Que dis la science économique dans ce sujet? Nous ne trouvons pas de preuves logiques de la part de ceux qui propagent des discours erronés dans le secteur du tourisme et qui n'hésitent pas à se comparer avec d'autres pays forts en industrie touristique sous prétexte que ceux-ci s'étaient développés grâce au tourisme.

Ils avancent qu'Il en serait de même pour le Maroc. Il faut se rappeler que la question de l’impact du tourisme sur la croissance demeure une question peu explorée et les résultats de la recherche actuelle sont contrastés, et ce en raison des problèmes économétriques liés à l’estimation de l’impact du tourisme et surtout à la question de sa causalité (le tourisme entraîne-t-il la croissance ou la croissance propulse-t-elle le tourisme ?). Même les études qui ont, malgré les erreurs conceptuelles, estimé  le lien de causalité entre le tourisme et la croissance n'ont pas pu estimé ce lien dans le cas des pays de l'Afrique du Nord (dont le Maroc :

Voir Relationship between tourism and economic growth: a panel granger causality approach). Voici certaines études de cas qui mettent en évidence ce constat relatif à "Tourism-led growth" (ou la théorie du tourisme comme moteur de croissance) :

Les travaux de Tiago Neves Sequeira et Carla Campos (International Tourism and Economic Growth: A Panel Data Approach([11])) montrent que les pays spécialisés en tourisme croient plus que d'autres. Ce fait est incompatible avec la théorie économique, en particulier, la théorie de la croissance endogène qui suggère que la croissance économique est liée à: (1) les secteurs à forte intensité en R & D et donc une productivité élevée; (2) rendements d'échelle; (3) la connaissance/capital humain et (4) l'intervention judicieuse de l'Etat. Dans cet article, les auteurs utilisent des méthodes de données de panel (de 150 pays) pour aller plus loin dans le traitement du problème de l'endogénéité. En général, et contrairement aux œuvres précédentes, ils concluent que le tourisme, à lui seul, ne peut pas expliquer les taux de croissance plus élevés de ces pays.

L'article d'Isabel Cortés-Jiménez et Manuela Pulina (Tourism and growth: Evidence for Spain and Italy([12])) explique que le tourisme n'a été qu'un facteur parmi tant d'autres de la croissance en Espagne et que les données ne lui donnent aucun rôle central (dans le cas de l’Italie, 3e pays touristique en Europe, l’impact du tourisme est inexistant).

 E. Çağlayan, N. Şak et K. Karymshakov (Relationship between tourism and economic growth: a panel granger causality approach([13])). Ce document a étudié la relation causale entre les recettes du tourisme et le PIB à l'aide des données de panel de 135 pays pour la période de 1995 à 2008. Les résultats sont contrastés et mitigés ; ils indiquent la causalité bidirectionnelle en Europe entre les recettes du tourisme et le PIB. Les résultats ont montré qu'il existe un lien de causalité unidirectionnelle en Amérique, l'Amérique latine et des Caraïbes du PIB au tourisme.

Alors que dans le cas de l'Asie de l'Est, Asie du Sud et de l'Océanie le sens inverse de la causalité a été trouvée à partir des recettes du tourisme au PIB. Aucun lien de causalité n'a été trouvée en Asie, Moyen-Orient et Afrique du Nord, en Asie centrale et en Afrique subsaharienne.

Les travaux de Jacint Balaguer et Manuel Cantavella-Jordá (Tourism as a long-run economic growth factor: the Spanish case) donnent des résultats contrastés et entachés d’erreurs d’estimation économétrique. Dans le cas de certain pays, il y avait une relation bidirectionnelle entre le tourisme et la croissance, et dans d’autres cas, il est impossible d’estimer le lien.

Les références sont abondantes et les récentes études en la matière utilisant des techniques économétriques plus avancées reposent principalement sur le test de . Ces études nuancent nettement l’importance du tourisme en tant que moteur de croissance. La causalité de Granger n'est pas nécessairement vrai.

En effet, ce test (de Granger) est conçu pour gérer des paires de variables, et peut produire des résultats erronés quand la vraie relation implique trois ou plusieurs variables. Bref, il n’existe aujourd’hui aucune validation économique sérieuse de l’hypothèse du tourisme source de croissance économique (" tourism-led growth ") : le tourisme contribue à la croissance mais est également dépendant de la croissance économique générale.

Revenons au contexte actuel : il suffit d'aller commander un repas ou un jus dans un restaurant à Marrakech (ou à Agadir) pour se rendre compte de l'effet du tourisme sur les prix; il en est de même pour l'achat d'un terrain immobilier dans la ville ou en bord de mer. C'est au détriment des citoyens du pays qu'il advient l'augmentation des prix. Les citoyens ne peuvent plus se loger à prix raisonnables en centre-ville et les investisseurs (industriels) ne puissent s'acquérir un foncier à prix raisonnable.

L'inconvénient empire étant donné ces biens dont les prix augmentent sont des biens non échangeables (l'idée de l'avantage dans le commerce international avec des biens échangeables dont les prix sont plus ou moins élevés). Le contexte stimule un transfert des investissement domestiques des secteurs de biens échangeables vers le secteur des biens non échangeable,

entraînant ainsi une désindustrialisation. Une partie des actifs est contrôlée par des étrangers qui captureront une grande partie de cette rente, qui sera ensuite renvoyée dans leurs pays d’origine (pour illustrer, prenons le cas d’un hôtel détenu par un ressortissant marocain comparé au même hôtel détenu par un étranger qui rapatriera les bénéfices dans son pays d’origine). Le tourisme a un impact fort en terme de distribution des revenus :

les disparités régionales risquent de s’aggraver (60% des touristes se concentrent dans deux villes : Marrakech et Agadir).

Ceci dit également que la croissance générée par le tourisme est accompagnée par une disparité qui empire (La loi de Kuznets indique que, plus la croissance économique du Maroc sera forte, plus les inégalités s’accroîtront)([14]).

NB. Nous ne cherchons pourtant pas à infirmer l’hypothèse que le tourisme puisse être un moteur clé de croissance au Maroc. L’objet de notre recherche est plutôt d’explorer le secteur et analyser ses pratiques. Il serait prudent d’étudier plus rigoureusement nos pratiques dedans pour vérifier si elles sont en congruence avec ce que le Maroc se veut comme modèle.

Nous ne pouvons pas prétendre que le tourisme pourrait continument, surtout dans l’avenir, entraîner miraculeusement le Maroc sur le bon chemin. Pour s’en convaincre, quoique nous planifiions et que nous mettions en place comme stratégies pour promouvoir le tourisme, il suffit un simple incident de sécurité même en dehors du Maroc (comme l’Attentat de Sousse d’il y a peu en Tunisie qui a négativement impacté le mouvement touristique dans l’ensemble de la région maghrébine) pour que nos stratégies soient jugées à l’échec. Le secteur est plus contrôlé de facteurs exogènes indépendants des politiques touristiques de l'Etat.


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([1]) Source : Banque mondiale, données mises à jour le 27 juillet 2015.
([2]) Calcul de l'auteur, Sauf que le PIB n'est pas corrigé à l'inflation. l'inflation en 2013 était de 1,89%. (NB. Les PIB cités dans le paragraphe suivant (du Maroc et de l'Espagne en 2008) sont déflatés/réels)
([3]) Nous faisons cette comparaison avec l'Espagne car on a faussement et d’habitude propension à nous comparer avec l’Espagne qui réalise d’importantes recettes à travers le secteur du tourisme.
([4]) Source : UNWTO Tourism Highlights, 2009.
([5]) Source : UNWTO Tourisme Highlights, 2009.
([6]) Source : FMI, 2008.
([7]) Source : World Development Indicators Database.
([8]) Source: World Development Indicators Database.
([9]) Rapport du conseil mondial pour le voyage et le tourisme, 2014.
([10]) Ministère du tourisme du Maroc www.tourisme.gov.ma/fr/tourisme-en-chiffres/chiffres-cl%C3%A9s
([11]) Tiago Neves Sequeira and Carla Campos (2005), International Tourism and Economic Growth: A Panel Data Approach
([12]) Isabel Cortés-Jiménez & Manuela Pulina (2006), Tourism and growth: Evidence for Spain and Italy.
([13]) E. Çağlayan, N. Şak & K. Karymshakov (2013), Relationship between tourism and economic growth: a panel granger causality approach. pp 591-602
([14]) Philippe BARTHELEMY, L'Hypothèse de KUZNETS est-elle encore d'actualité?. Colloque International "Région et développement économique", Rabat, Maroc, octobre 1995.

الاثنين 12 أكتوبر 2015
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